La légende du cadavre du château

La légende du cadavre du château

 

Il y a deux années de cela, je fus convié à participer à un voyage en Angleterre, en compagnie de mes amis. Le début de notre escapade fut merveilleux, nous fûmes d’incroyables découvertes sous un soleil rayonnant. Cependant la dernière journée du séjour fut sombre et pluvieuse. Bien que trempés, nous fûmes soulagés d’arriver à notre destination : le château de Belshenbar. Quand nous arrivâmes devant les lourdes portes de la forteresse, la nuit tombait déjà. L’homme, qui nous accueillit ensuite, était le parfait stéréotype du guide de musée. Il portait un uniforme kaki et un petit képi sur le crane ; ce dernier était impeccablement rasé. Il abordait une barbe impeccablement taillée. Seuls ses yeux différaient de son allure et émettaient une étrange lueur orangée. Il nous indiqua :

« Le château est en visite libre mais il fermera ses portes dans seulement une heure ». Nous décidâmes tout de même de pénétrer dans l’inquiétante forteresse, l’étrange guide cru bon d’ajouter avec un petit rictus mauvais : « excellente visite ! ».

Le château était très vaste, constitué de bois polis et de vieilles pierres. Nous ressentîmes comme un sentiment de mal être, en explorant ses quartiers. Bien que psychologiquement dérangeante pour des raisons obscures, la visite fut très instructive et les multiples toiles recouvrant l’intégralité des murs nous permirent d’imaginer, sans peine, la vie au château au fil des époques. Un sombre mystère régnait cependant autour de la forteresse. Il y a cinq cents ans de cela, le propriétaire fut assassiné et son cadavre perdu à jamais. Au fur et à mesure que nous avancions dans les sombres couloirs, je sentis une présence qui semblait nous suivre dans l’ombre. Soudain nous nous aperçûmes que le temps de la visite était déjà bien entamé, nous nous hâtâmes de retourner jusqu’à l’accueil. Cependant, à l’angle d’un couloir, je fus intrigué par une petite porte ne semblant déboucher sur aucun passage. J’abandonnai alors mes compagnons. Au moment où j’entrouvris cette porte, je ressentis un frisson glacé le long de l’échine.

Soudain, une abomination s’imposa à moi, à l’intérieur de la petite pièce gisait un cadavre en putréfaction. Je ressentis alors une présence dans mon dos et un puissant coup sur la nuque, et je vacillai sous sa force. Quand je repris mes esprits, le cadavre avait disparu, un mal être profond s’empara de moi. Puis, me souvenant de la présence fantomatique, je pris mes jambes à mon cou. Autour de moi, les tableaux semblaient prendre vie et les lourdes armures s’animaient dans un capharnaüm infernal. La forteresse semblait prise de spasmes brutaux et il me parut voir certaine pierre voler. Soudain les armures d’acier devinrent plus agressives et chargèrent dans ma direction, dans un immense bruit grinçant. N’attendant pas de comprendre leurs sombres desseins, je courus à perdre haleine en direction de la sortie. Pendant que je cherchais vainement mon chemin, parmi les couloirs étroits de la sombre forteresse, je fus témoin d’un étrange spectacle. Autour de moi, les tableaux, qui n’émettaient jusqu’alors que de légers tremblements, rejouaient désormais la scène propre à leurs toiles. La fascination l’emporta même sur la terreur, je contemplais pendant plusieurs minutes les petits personnages qui s’animaient et entamaient des conversations allant de la plus futile à la plus passionnante. J’eus presque oublié que le mal était à mes trousses lorsque je vis surgir les lourdes armures sans âmes. Je me remis donc à courir au milieu des toiles animées et de la vaisselle volante. Tout à coup, au détour d’un couloir, j’aperçus la charogne. Elle se tenait au milieu du couloir, démembrée, mutilée par le temps, des tripes lui sortaient du corps à chaque mouvement. Puis m’apercevant, elle chargea vers moi dans un mouvement digne des plus grands films de morts vivants. Pétrifié par la peur, je ne puis qu’admirer la marche funèbre de la créature dont le poignard  vint se loger dans mes côtes. Je m’évanouis de douleur, la mort m’emporta.

Quand je repris connaissance, mes quatre amis étaient à mes côtés. L’un d’eux s’exclama : « Tu nous as causé une sacrée frayeur mon vieux ! ». Ils m’expliquèrent ensuite que dans notre course effrénée pour rejoindre la sortie, je m’étais heurté à une poutre en chêne. Je ressentis alors un immense soulagement mais un doute m’assaillit lorsque je vis, non loin de moi, une petite porte dérobée. Je fis signe à mes amis de me suivre. Quand nous pénétrâmes dans l’antre, tous furent pris de dégout. Là, adossée à un mur, se trouvait la charogne. Je soulevai alors mon imperméable et j’aperçus, près de mes côtes, la marque du coup de poignard ; le sang coulait encore à flot. La mort me tendait les bras.

Aubin et Matthias

Commentaires (5)

Sylvie LEGRAND
  • 1. Sylvie LEGRAND | 30/04/2016
Waouh !
J'ai adoré ! Il y a de la recherche, du mouvement, des détails qui aident à ressentir, à "être dedans" ...
J'ai adoré me laisser emporter dans cette histoire folle !
Elle me donne envie de lire des romans d'épouvante !
Merci à vous Aubin et Mathias !
Anabel
  • 2. Anabel | 21/04/2016
Peut être un peu effrayant et gore pour moi, mais c'est l'objectif !
Belle réussite !
Isabelle
  • 3. Isabelle | 21/04/2016
Une belle écriture qui nous plonge dans l'ambiance.
Félicitation
Emilie
  • 4. Emilie | 20/04/2016
C est vraiment bien écrit! On s y croyait vraiment
lavallée pierrette
  • 5. lavallée pierrette | 20/04/2016
Bravo, très beau texte !

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