La malédiction

La malédiction

 

Le samedi 10 décembre 2014, par un temps de neige, un groupe d’étudiants et quatre accompagnateurs s’apprêtaient à partir en car pour un voyage de découverte à York, en Angleterre. Parmi ces jeunes, il y avait Clément et moi. Je suis orphelin : ma mère étant décédée, mon père ne put assurer la garde d’un enfant et décida de m’abandonner. Je suis maintenant âgé de 14 ans. Les souvenirs de mon enfance, je peux vite les compter car je n’en ai pas. Je sais très peu de choses au sujet de mes parents. En effet, j’avais quatre ans quand ma mère a quitté ce monde, c’est la seule chose dont je me souvienne. En revanche je ne sais pas où et comment elle est morte. Elle m’a eu très jeune, d’après mes calculs, à l’âge de 16 ans, elle n’était donc pas très mature, je pense. Il m’arrive souvent de penser à elle comme aujourd’hui par exemple.

Tous les autres orphelins s’interrogeaient sur notre destination car cela était resté secret. Moi je regardais par la fenêtre, le visage contre la vitre. J’essayais de me souvenir, mais comme à chaque fois… je finis par m’endormir. Quelques heures plus tard, nous arrivions enfin dans la ville anglaise. La pluie s’abattait sur nous, suivie par des bourrasques de vent. Les lumières étaient éteintes et les magasins fermés. La ville semblait triste. On aurait pu croire  qu’elle était inhabitée et qu’un torrent était passé par là. J’étais stupéfait mais visiblement le seul à me poser des questions. Les autres n’y portaient même pas attention, ils étaient trop occupés à « tirer les vers du nez » aux accompagnateurs afin d’en savoir un peu plus.

Nous arrivions enfin au lieu où nous devions séjourner pendant une semaine. Devant nous se dressait un immense portail rouillé. Quand il s’ouvrit, on put voir un imposant château, il me faisait froid dans le dos. Les rideaux étaient déchirés et le jardin abandonné. On aurait put se croire dans un film d’horreur. Je voulus passer le premier pour ne pas montrer aux autres que j’avais peur et surtout, pour faire le beau devant les filles. Quand j’eus franchi le portail, je fus pris d’une terrible douleur, mes bras se mirent à saigner et des cicatrices étranges apparurent sur mon ventre. Je ne voulais pas qu’on s’aperçoive de ces blessures car, moi-même, je n’en comprenais pas le sens. De toute manière, personne ne se préoccupait de moi, ils avaient tous l’air content. Je dus très vite reprendre mes esprits et je m’introduis dans le château. J’étais inquiet, j’avais l’impression que plus rien ne fonctionnait dans mon corps sauf mon cœur qui, lui, battait de plus en plus vite.

Le château était immense, l’entrée faisait trois fois ma chambre, j’en étais bouche bée. Des domestiques s’avancèrent vers nous et nous firent découvrir les chambres. Il y avait trois étages. J’étais avec Alan, un de mes copains, issu d’une triste famille. Il était handicapé et subissait, depuis tout petit, les coups de ses parents. Il a été baladé de foyer en foyer tout comme moi. Nous sommes très amis, je suis très attaché à lui. Son handicap m’a beaucoup touché. Ayant perdu l’usage de ses jambes, il est en fauteuil roulant. Tous les deux, nous nous retrouvâmes au rez-de-chaussée. Notre chambre était triste, fidèle à l’image du château. Les tableaux étaient déchirés, je n’étais pas à l’aise dans cette chambre, je sentais une présence maléfique. J’étais bloqué devant le tableau quand l’horloge sonna : il était déjà l’heure de manger. Je n’avais pas faim alors, pendant que les autres se goinfraient de choses nocives pour leurs estomacs, je restais seul tranquillement dans la chambre, réfléchissant à ce qu’il m’était arrivé devant le château. Tout à coup des voix surgirent de nulle part, mon sang ne fit qu’un tour. C’était une femme, elle me parlait. je distinguai ces paroles qui me semblaient étrangement familières : « Fais attention ! Ne fais pas les mêmes erreurs que moi ! Crois en ce que tu vois et entends ! »

Je voulus lui répondre mais soudainement des lettres apparurent à la fenêtre. Elles étaient très distinctes. Je compris très vite que le fantôme qui était en train de me parler et, sans doute, de m’observer, me disait de m’enfuir. Mais les éléments surnaturels, à mon grand regret, ne s’arrêtèrent pas là. Un visage s’approcha du mien et disparut aussitôt. J’avais les jambes tremblotantes, mes mains s’agitaient et devenaient moites, ma voix s’était affaiblie, mon regard était absent, mes lèvres se glaçaient tout comme mon sang. Je m’empressai d’aller tout raconter aux autres mais personne ne me crut. Ils me regardaient comme des chiens battus, comme s’ils avaient pitié de moi et tous ricanèrent. Après tout, peut être avaient-ils raison ? J’ai dû rêver, rien de cela n’est réel. Serait-ce le fruit de mon imagination qui aurait débordé ? Je me mis à douter. Après le doute, la peur s’empara de mon corps tout entier.

Je partis au premier étage, les couloirs étaient encore plus tristes que ceux du rez-de-chaussée. Une larme coulait sur ma joue puis une autre sans s’arrêter. Les tableaux tombaient sur mon passage, les poupées, qui étaient sur des meubles détériorés et poussiéreux, se mirent à rire, elles bougeaient et me regardaient machiavéliquement ; les lumières éteignirent. D’ordinaire, j’étais d’une nature confiante, je ne renonçais à rien mais là j’étais impuissant. Je venais à me demander si je n’étais pas maudit. Des pensées horribles me vinrent alors : Vais-je mourir ? Pourquoi moi ? La vie me hait-elle ? Toujours avec ces horribles questions dans la tète, je redescendis à vive allure retrouver les autres. Je fis mine de rien et nous nous mîmes à jouer ensemble jusqu’à la tombée de la nuit.

Bientôt il fut l’heure d’aller dormir, toutes les choses qui s’étaient passées en une journée m’avaient épuisé. Il était donc onze heures et demie quand je partis me coucher. J’étais bien au chaud sous ma couette mais j’avais dû mal à m’endormir, Allan, qui était à mes côtés, ronflait déjà. Quand mes paupières commencèrent à se fermer, je fus réveillé par les douze coups de minuit. J’ouvris les yeux brusquement, aveuglé par une lueur blanche. Une dame tout de blanc vêtue apparut. Je distinguais la femme de la veille, celle qui m’avait mis en garde. Je me sentais bizarrement plus en confiance maintenant que je la voyais en entier. Je voulus entamer une brève discussion avec elle :

« Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?

Un long silence pesant régna pendant quelques minutes, elle me fixa puis me répondit :

- Tu me connais ! » Sur ces paroles, elle repartit d’où elle venait.

Le mystère était lancé. C’est décidé, j’allais mener une enquête sur le passé du château. Sur ce, je m’endormis, j’avais hâte d’être au lendemain.

Lorsque le jour se leva, je pris très rapidement mon déjeuner et partis interroger les domestiques. Parmi eux, il y avait Antoine, un vieil homme qui travaillait ici en tant que cuisinier depuis des années maintenant. Dans un premier temps je lui fis part de mes découvertes. Cela n’avait pas trop l’air de le choquer, il trouvait apparemment cela normal. Il se mit à réfléchir et dit :

« Mon petit gars, je suis en mesure de t’aider. En effet ce château n’est pas comme les autres, il a une malédiction. Il y a une dizaine d’année des enfants de ton âge étaient venus séjourner, comme vous, pour découvrir les coutumes de la ville et ils sont morts ici. Les adultes ne sont pas morts, ils ont eu beaucoup de chance. Il semblerait que depuis ce jour, les enfants hantent le château et tuent petit à petit. »

Sur ces paroles, je restais bouche-bée, Antoine regarda aux alentours pour voir s’il n’y avait personne et me tendit un livre. J’eus à peine le temps de le regarder qu’Il me releva la tète et dit : « Fais attention à ce livre, ne le regarde pas avant d’être en lieu sûr, là où personne ne te verra. Tu vas sans doute trouver les indices que tu cherche ».

Je hochai la tète et partis en lieu sûr comme me l’avait conseillé Antoine. Arrivé à l’abri des regards, je m’empressai de regarder le livre qui m’intriguait de par son poids. J’avais peur de ce que j’allais découvrir. Mais pris de courage, j’ouvris le registre. La première page était volontairement déchirée, comme si quelqu’un cherchait à cacher quelque chose. Je feuilletais rapidement le registre ne voyant rien qui aurait pu m’aider. Je repartis bredouille, déboussolé et quelque peu démotivé. Je choisis d’aller dans la chambre de Paul, Axel et Arthur, des camarades qui, comme moi, n’ont pas eu un passé heureux. Paul avait perdu ses deux parents, Axel avait été abandonné, quant à Arthur, c’est un peu plus compliqué : il était malade, un cancer sans doute, on ne savait pas vraiment car il restait très bref à ce sujet. Leur chambre était la plus étroite, il n’y avait pas de fenêtre seulement deux lits. Axel et Arthur partageaient un lit double. Mon enquête m’avait mené jusqu’à leur chambre car elle était la plus effrayante de toutes, en fouillant un peu, j’étais sûr de trouver quelque chose d’intéressant. Mon instinct me guida vers un tiroir à moitié ouvert en bas de l’armoire, à l’intérieur il y avait plein de babioles. Tout à coup je vis une enveloppe à demi scellée qui m’intriguait. Quand je l’ouvris, je vis une page apparemment déchirée. En lisant le début, je m’aperçus que c’était celle du registre qu’Antoine m’avait donné. Pris d’angoisse et assailli de questions, je me remis à lire : « Jean Darme, Sandy Kilos, Sarah Croche, Samir Atrébien, Cléo Patres, Aude Barca et Virginie Rochier… ». J’avais des sueurs froides car, à côté de leurs prénoms, les circonstances de leur mort étaient marquées. Pourtant elles n’étaient connues de personne. Pourquoi ? Comment ? Et surtout, Qui a marqué cela ? Mon expédition avec l’orphelinat devenait un pur cauchemar.

A peine je repris mes esprits que je sentis une main qui se posa sur mon épaule avec délicatesse. Pris de panique, je descendis rejoindre les autres qui jouaient tranquillement dehors. J’étais le seul à croire en tout cela. Encore une fois je leur fis le récit de mes aventures mais comme je le présageais, personne ne me crut. Tout à coup un cri d’effroi surgit de nulle part. Très vite je compris qu’il provenait du puits au milieu du jardin. J’approchai, penchai la tête et vis une scène des plus terrible : Paul était tombé, tué sur le coup. Tout le monde en resta choqué.

Les jours passèrent et se ressemblèrent, mes camarades moururent un à un dans d’étranges circonstances. Bientôt il ne resta plus que moi et Allan. Nous étions très attristés par la situation. Allan avait fini par me croire et m’aidait dans mon enquête. Depuis que nous croyions tous les deux à la malédiction, aucun autre élément surnaturel ne s’était produit.

Notre séjour touchait bientôt à sa fin et nous avions encore beaucoup de choses à comprendre. Nous décidâmes de nous rendre dans le jardin de la propriété, accompagnés cette fois-ci des quatre accompagnateurs qui, eux aussi, étaient intrigués et voulait comprendre. Il y avait un petit cabanon que je n’avais jusqu’alors pas remarqué. Je voulus entrer mais un gros cadenas était attaché. Je pris une hache et je me mis à taper fort. La porte s’ouvrit. A l’intérieur c’était « pire que Bagdad » comme disait Allan. Des râteaux, des pelles, des poupées… On y trouvait de tout mais une grosse caisse au seuil de la porte attira mon attention. Je l’ouvris et là je fus pris d’un poids dans le cœur, je venais de trouver beaucoup d’informations. En effet, il y avait des fiches avec la présentation de tous ceux qui, il y a dix ans, étaient morts, des informations cruciales comme le nombre d’enfants, leur nom, leur âge, leur date de naissance et leur lieu d’habitation… Une d’elles m’intrigua mais avant de me faire des idées pour rien, je demandai aux autres s’ils voyaient, eux aussi, la fiche. Ils me répondirent par un oui de la tête.

Fiche

 

Nom : Rochier

Prénom : Virginie

Date de naissance : 12 juin 1984

Enfant(s) : 1

Prénom : Clément

Décès : 15 mai 2004

 

 

Maintenant j’en avais la certitude, parmi ceux qui hantaient le château, il y avait ma mère. Je savais à présent comment elle était morte. J’étais horrifié, je pleurais toutes les larmes de mon corps et, à vrai dire, on ne pouvait pas me le reprocher. Personne n’aurait aimé être dans cette situation. Comme d’habitude, je me remis sur pied très rapidement. Maintenant que j’en savais assez, il fallait que je trouve le moyen de stopper cette malédiction.

Le soir tomba sur la ville de York. Allan et moi, nous avions décidé de rentrer en contact avec les esprits qui hantent le château et notamment ma mère. J’avais lu beaucoup de livres à ce sujet, ce qui me fut fort utile. Nous nous mirent autour d’une table éclairée par une bougie. les yeux fermés, nous commençâmes à parler :

« Esprits, esprits, êtes-vous là ?

- Oui nous sommes là, répondirent des voix sorties de l’au-delà

- Pourquoi faites-vous cela ? Pouvez-vous arrêter cela ? vous avez tués assez de gens, ne restez pas  ici, allez au paradis ! Maman, tu fais partie de ces esprits alors fais le pour moi, je t’en prie ! »

Emue sans doute par cette révélation, une voix céda à ma demande. Suite à cette discussion les bougies s’éteignirent. Les esprits étaient partis, j’étais fier de moi et d’Allan. Nous pûmes enfin nous endormir sans crainte.

Le lendemain, c’était le grand jour, nous devions rentrer à l’orphelinat, je dois avouer que nous étions contents de partir de ce lieu. Les portes du château se refermèrent sur notre passage, nous lançâmes un dernier regard au château et nous partîmes.

Quelques heures plus tard, je m’éveillai, le bus était garé devant un immense portail rouillé…

Audrey et Cléa

 

 

 

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